5 Diapasons –
Superieur
Michael Borgstede
n´est pas tout à fait un inconnu, mais on ne l´attendait pas forcément dans uns
intégrale aussi mytique que l´œuvre de clavier de Couperin. Claveciniste attiré
de l´ensemble Musica ad Rhenum animé par le flûtiste Jed Wentz, Borgstede est
également journaliste, correspondant à Tel-Aviv du Frankfurter Allgemeine
Zeitung. En tant que musicologue, il remet occasionnellement de doute
certains certitudes, et ce qu´il nous offre aujourd´hui est sans nul doute un
manifeste d´artiste en pleine possession de ses idées et de ses moyens.
Sur deux copies
réalisées par Titus Crijnen (d´après un Ruckers de 1638 et un Hemsch de 1754),
Borgstede semble dans son élément avec les séries de portraits. En saisissant
la texture tour à tour orchestrale et solistique des pièces, là ou la plupart
caricaturent l´élément descriptif, il rend finalement mieux compte de la
peinture des caractères. Survolant avec beaucoup d´habileté l´étroite lisière entre
la danse instrumentale et la belle dance, il crée un espace convaincant où
l´intellect trouve autant son compte que les sens.
Quelques options
unhabituelles jettent un éclairage réussi sur certains tubes : la diction
noble et ralentie de « L´Artiste », l´usage du violon dans les
musettes ou de la viole dans « La Couperinète » apportent
souplesse et sensualité. Beaucoup de clavicinistes (et quelques pianistes
aventureux) placquent des systèmes sur cette musique : tout pour le son,
ou l´articulation, ou la danse, ou l´instinct faussement policé. Borgstede
préfère installer un cadre dont les limites sont plus larges. L´imaginaire s´y
nourrit de tout ce que suggère la page écrite sans contresens apparent.
Ecoutez ce
sixième prélude ondoyant, tout irisé de douce mélancolie, cette seconde
courante du Huitième ordre qui hésite entre la frivole animation et la rigeur
du contrepoint. La courbe élégante de « L´Insinuante », la
candeur de « La Voluptueuse » font redécouvrir ces pièces
d´ordinaire éclipsées par les chefs-d´œuvre tels que « La Forqueray ».
Seul revers de cette approche pleine de franchise et d´aisance : un
certain manque d´intériorité accentué par une prise de son un peu sèche laisse
de côte l´univers poétique que l´on trouvera chez Rousset, voire Scott Ross.
Cette intégrale n´en reste pas moins hautement recommandable.
Philippe Ramin