Diapason – novembre 2006

 

5 Diapasons – Superieur

Technique: 5.5/10

 

Michael Borgstede n´est pas tout à fait un inconnu, mais on ne l´attendait pas forcément dans uns intégrale aussi mytique que l´œuvre de clavier de Couperin. Claveciniste attiré de l´ensemble Musica ad Rhenum animé par le flûtiste Jed Wentz, Borgstede est également journaliste, correspondant à Tel-Aviv du Frankfurter Allgemeine Zeitung. En tant que musicologue, il remet occasionnellement de doute certains certitudes, et ce qu´il nous offre aujourd´hui est sans nul doute un manifeste d´artiste en pleine possession de ses idées et de ses moyens.

Sur deux copies réalisées par Titus Crijnen (d´après un Ruckers de 1638 et un Hemsch de 1754), Borgstede semble dans son élément avec les séries de portraits. En saisissant la texture tour à tour orchestrale et solistique des pièces, là ou la plupart caricaturent l´élément descriptif, il rend finalement mieux compte de la peinture des caractères. Survolant avec beaucoup d´habileté l´étroite lisière entre la danse instrumentale et la belle dance, il crée un espace convaincant où l´intellect trouve autant son compte que les sens.

Quelques options unhabituelles jettent un éclairage réussi sur certains tubes : la diction noble et ralentie de « L´Artiste », l´usage du violon dans les musettes ou de la viole dans « La Couperinète » apportent souplesse et sensualité. Beaucoup de clavicinistes (et quelques pianistes aventureux) placquent des systèmes sur cette musique : tout pour le son, ou l´articulation, ou la danse, ou l´instinct faussement policé. Borgstede préfère installer un cadre dont les limites sont plus larges. L´imaginaire s´y nourrit de tout ce que suggère la page écrite sans contresens apparent.

Ecoutez ce sixième prélude ondoyant, tout irisé de douce mélancolie, cette seconde courante du Huitième ordre qui hésite entre la frivole animation et la rigeur du contrepoint. La courbe élégante de « L´Insinuante », la candeur de « La Voluptueuse » font redécouvrir ces pièces d´ordinaire éclipsées par les chefs-d´œuvre tels que « La Forqueray ». Seul revers de cette approche pleine de franchise et d´aisance : un certain manque d´intériorité accentué par une prise de son un peu sèche laisse de côte l´univers poétique que l´on trouvera chez Rousset, voire Scott Ross. Cette intégrale n´en reste pas moins hautement recommandable.

 

Philippe Ramin